Détours

Rencontres du 9ème type

avec 2 auteurs BD : Zeina Abirached et François Olislaeger

mar 11 avril 2017

Deux semaines avant l'ouverture de leur exposition au sein de la 4ème édition du PULP Festival, Zeina Abirached et François Olislaeger nous offrent leur regard sur la bande dessinée d'aujourd'hui, son évolution et sa relation aux autres arts. Les deux auteurs dressent le portrait d'une pratique en perpétuelle mutation, qui s'hybride, s'expose et se questionne. 

Quelle place les autres arts ont dans votre réflexion artistique ? 

 

François Olislaeger : J'ai toujours eu un profond intérêt pour toutes les disciplines artistiques c'est pourquoi je n'ai pas hésité à collaborer avec des danseurs (Mathilde Monnier), des plasticiens (Wim Delvoye) mais aussi des comédiens (le Festival d'Avignon). En confrontant sa pratique à celles des autres, en particulier lorsqu'il s'agit d'autres arts, on la met en danger. Mais en se risquant à cela, on la nourrit, on l'enrichit. C'est également un moyen de s'affranchir des codes établis de la bande dessinée, ceux qui nous sont dictés dans les livres. En expérimentant de cette façon, on propose de nouvelles approches ce qui contribue à renouveler le regard des gens sur notre art.

 

Zeina Abirached : J'ai fait des études de graphisme sans avoir pour objectif de devenir dessinatrice. J'ai commencé à écrire des textes pour finalement me rendre compte que ce qui m'intéressait c'était le rapport entre écriture et dessin. Le fait de pouvoir dire une chose à l'écrit et une autre par le dessin, c'est ça qui m'a poussée vers le 9ème art. J'ai toujours des carnets avec moi, mais contrairement à la plupart des auteurs de bande dessinée, ce ne sont pas des carnets à croquis, mais des carnets de notes. Sinon, j'ai toujours été entourée de livres, mon rapport à la littérature est particulièrement perceptible dans l'exposition Un Piano Oriental ?. C'est une occasion unique de faire entendre aux visiteurs les textes qui m'ont accompagnée pendant la réalisation de l'album et de l'exposition, une sorte d'hommage à des auteurs que j'admire : Nancy Huston, Samir Kassir, Olivier Rohe ou encore George Perec. Je m'intéresse également à la musique, au cinéma, au théâtre. Tous ces arts nourrissent ma démarche au quotidien.

 

 

À vos yeux, y a-t-il eu une évolution dans la manière qu'ont les dessinateurs d'appréhender leur art ?

 

François Olislaeger : La bande dessinée se réinvente de plus en plus. Aujourd'hui, la hiérarchie entre les arts tend à disparaître, tout comme les barrières et les frontières qui empêchaient les expérimentations. Ce n'est donc pas étonnant d'observer que les projets pluridisciplinaires se multiplient. Dans les années à venir, je pense qu'ils tendront à se généraliser.

 

Zeina Abirached : Une évolution oui mais je ne suis pas sûre que les auteurs se permettent plus de choses qu'avant. La bande dessinée a toujours été un art propice à l'expérimentation. Ces nouvelles formes ont simplement gagné en visibilité en même temps que le genre. Il est important de souligner que nous avons un accès désormais illimité aux œuvres d'auteurs du monde entier, de ce fait, on confronte plus facilement notre pratique à celles des autres, ce qui nous pousse à nous renouveler en permanence.

 


Et le PULP Festival dans tout ça, que pensez-vous de son approche ? 

 

François Olislaeger : Je me suis investi dès la 1ère édition du PULP Festival, en 2014 avec Mathilde Monnier, mais déjà en 2009, lors d'une Nuit curieuse BD aux côtés de Loo Hui Phang. L'événement m'est immédiatement apparu comme audacieux. Le festival ne se contente pas de recevoir les auteurs, il les accompagne dans leur processus de création en leur faisant confiance. C'est un pari risqué, on ne peut pas savoir à l'avance ce que va donner une collaboration entre plusieurs artistes, en particulier s'ils ne pratiquent pas la même discipline. Ces créations sont alors semblables à des collisions. Elles reposent sur l'alchimie à la fois artistique et humaine qui va naître entre eux. La bienveillance de l'équipe de la Ferme du Buisson permet à ces rencontres de se dérouler dans les meilleures conditions possibles. 

 

Zeina Abirached : Je suis le PULP Festival depuis ses tout débuts, chaque édition est riche en propositions, je ne suis jamais déçue. Les auteurs sont invités à questionner leur art, à le penser autrement. On leur demande de réagir en tant qu'artiste et non en tant que dessinateur : c'est un peu comme un saut dans le vide ! C'est un risque mais c'est un travail passionnant. Le lieu fait également beaucoup, la Ferme du Buisson est un environnement extraordinaire qui a une aura très forte. Depuis que je l'ai découverte, je suis devenue l'une de ses ambassadrices !